Projet scientifique du Laboratoire i3M

LES DISPOSITIFS SOCIO-TECHNIQUES D’INFORMATION ET DE COMMUNICATION

L’intelligence des dispositifs.

Le laboratoire I3M a pour objectif d’utiliser le concept de DISTIC pour étudier les transformations dans l’organisation générale de la société liées à l’essor des technologies de l’information et de la communication : industrialisation des activités humaines, individualisation des relations, mutation des identités professionnelles et sociales, reconfiguration des cultures... Les chercheurs d’I3M questionnent, dans leur globalité et leur complexité, le rôle des dynamiques sociales d’appropriation des DISTIC. Ils cherchent à comprendre comment les technologies de l’information et de la communication agissent dans la durée et convergent avec d’autres pour transformer les représentations et les pratiques sociales dans les médias, la culture, les organisations, etc.

Il s’agit d’envisager les DISTIC comme des construits sociaux issus de processus d’interaction entre des individus (tout à la fois producteurs, consommateurs, usagers, citoyens) et un ensemble hétérogène de techniques. Les dispositifs construisent leurs utilisateurs autant qu’ils sont façonnés par eux. L’environnement technologique n’est pas neutre. Il agit sur l’individu et la société en instaurant des normes économiques, ergonomiques, de pratiques acceptées ou imposées. Il est lui-même transformé par l’émergence du sujet isolé ou agissant en réseaux. Aussi le concept de DISTIC permet-il de décomposer la complexité des processus d’innovation, de repairer et d’analyser les interactions homme / technologies de l’information et de la communication, dans la production de nouvelles formes de savoirs ou dans les situations de partage de connaissances ; dans les processus de médiations esthétiques, sociales, culturelles ; dans l’organisation des entreprises ; dans la transformation des modes de vie ; dans les transformations et la réception des mass médias ; dans le développement durable ...

La fécondité d’un concept

Le concept de dispositif, et celui plus spécifique de DISTIC, était déjà présent dans le projet scientifique du laboratoire I3M lors de son lancement en 2003 et du contrat quadriennal 2004-2007. Il s’est révélé fécond pour les chercheurs I3M, qui l’utilisent dans leurs recherches. Il constitue l’un des piliers conceptuels du séminaire d’épistémologie du laboratoire, qui interroge les liens entre les sciences de l’information et de la communication et leurs sciences connexes, de la philosophie aux sciences du langage, en passant par la psychologie sociale, l’anthropologie ou l’économie politique. [1]

Le concept de dispositif est par ailleurs à l’origine de la création en 2004 du master II recherche en SIC des Universités de Nice Sophia Antipolis et Sud Toulon Var. Le master« DISTIC » a été l’un des tous premiers diplômes associant ces deux universités liées par le même PRES. [2] Depuis, un nombre croissant d’étudiants, doctorants et chercheurs d’I3M s’est approprié ce concept à l’occasion de mémoires de master, de thèses de doctorat, d’articles scientifiques, de la publication de plusieurs livres collectifs et de colloques.

Une extension à l’Euroméditerranée

A une échelle plus internationale, le DISTIC est mobilisé dans le cadre de programmes d’échanges d’un nouveau genre dont le laboratoire I3M est l’inspirateur principal. Le croisement des médias traditionnels et des nouveaux outils de communication à distance avec des mobilisations sociales sans précédent est en train de transformer en profondeur les sociétés des deux rives de la Méditerranée. Ces changements en cours interrogent notamment le rôle des dispositifs sociotechniques d’information-communication dans la mobilité sociale et l’opportunité d’un dialogue entre les acteurs du monde académique. Le positionnement du laboratoire I3M implique une attention sensible et une analyse prospective en rapport avec ces problématiques. Plusieurs initiatives ont eu lieu dans ce sens (conférences, colloque, missions, délocalisation d’enseignements au Maghreb, projet de recherche au Liban financé par le CNRS, thèses en cotutelles, constitution d’un réseau de chercheurs permettant une déclinaison des travaux selon les contextes et pays...). Elles vont se fédérer au sein d’un consortium visant créer un Observatoire des mutations sociales et médiatiques en Euroméditerranée et à renforcer la dynamique d’internationalisation du Master DISTIC dans le cadre d’échanges et de mobilités étudiantes. L’ancrage thématique de l’école doctorale SHS de l’Université de Toulon (ED 509) et la création d’un axe transverse de recherche, tous deux situés sous l’égide des « Civilisations et Sociétés euroméditerranéennes et comparées » renforcent cette démarche.

Les atouts du DISTIC

La diffusion et la reprise du concept de DISTIC s’expliquent par ses nombreux atouts :

- Un renouvellement du concept : au-delà d’un effort récent de la recherche sur les dispositifs socio-techniques au sein des sciences de l’information et de la communication (Appel et Massou, 2010), effort remarquable mais encore trop limité pour être véritablement convaincant, il s’agit de situer plus précisément la place du concept de dispositif et ses limites. La visée est double : d’une part, actualiser ce concept au regard de travaux de recherches plus anciens qui ne l’ont probablement pas assez mis en lumière ; d’autre part, le retravailler au regard du développement des TIC, mais en l’utilisant comme appareil permettant d’évaluer les profondes mutations caractéristiques de la société de l’information et de la communication.

- Un fondement réellement pluri- et interdisciplinaire. Né sous les auspices de l’histoire, de la philosophie (chez Foucault par exemple, ou Agamben, 2007) et volontiers utilisé en sciences du langage, le dispositif est de plus en plus mobilisé par les sciences sociales, dans leur articulation avec les nouvelles pratiques sociales, culturelles, professionnelles.

- Une approche ouverte du dispositif. Si celui-ci peut être perçu comme un ensemble d’éléments hétérogène ordonnés par de multiples contraintes, celles-ci sont à envisager de façon moins déterministe. Bien que voisin des concepts connexes d’appareil ou de système, le DISTIC accorde une place centrale aux capacités des usagers à résister à ces contraintes, à s’en affranchir voire les détourner à leur avantage.

- Un ancrage spécifique dans les SIC. Il s’agit d’étudier une catégorie particulière de dispositifs : ceux qui mettent en œuvre des processus d’information et de communication pensés dans le cadre plus large d’une médiation socio-technique, dont les origines intellectuelles sont à rechercher dans la philosophie critique de l’Ecole de Francfort, la sociologie interactionniste ou plus récemment les cultural studies, les sciences cognitives ou les approches interdisciplinaires autour des usages et des médiations visant à analyser les contextes situés ou distribués de l’appropriation des TIC.

- Une redéfinition des liens entre information et communication à l’heure des réseaux numériques. Si l’information s’inscrit dans un régime de vérité et la communication dans un registre de performance (voir Bougnoux, 1995), le concept de DISTIC invite à articuler ces deux notions étudiées de façon séparée par d’autres approches théoriques, notamment dans les pays anglo-saxons (Information and Library Science vs Media and Communication Studies). Quant aux réseaux numériques, ils déplacent la ligne de partage entre information et communication, entre stratégie des organisations et pluralisation des espaces publics. Les chercheurs d’I3M se sont ainsi attachés à penser les changements et mouvements en cours autour de la notion de « culture numérique » en direction des organisations de la connaissance, de la culture, du monde industriel à travers des contrats de recherche soudés par cette approche commune.

Une méthodologie plurielle et adaptée à ses objets, combinant des études sur les différentes instances formant un dispositif, de la production à la réception, en passant par les produits et leur design. Éprouvée par le passé sur des objets tels que la formation à distance, les moteurs de recherche, les technopoles, les musées ou les parcs naturels, cette méthode pragmatique met en avant les acquis des recherches de terrain pour en tirer des réflexions plus théoriques en matière d’épistémologie des sciences de l’information et de la communication, et plus largement des sciences sociales.

I3M conduit des recherches sur les enjeux communicationnels de plusieurs domaines émergents tels que :
- la convergence entre les nouvelles technologies, les industries de la culture et de la communication, les nouveaux univers qu’elles tissent,
- les mutations des formes de sociabilité (au travail, éducatives, familiales ...) liées aux nouvelles technologies de la communication, les processus d’appropriation autant que l’influence de ces processus sur les lignes de développement technologique,
- le développement durable et la communication environnementale, comme moteur de développement du territoire,
- les transformations de l’espace public engendrées et accompagnées par les nouveaux médias, notamment le web participatif,
- le management de la diversité dans les organisations...
- les transformations du journalisme et leur impact sur la formation universitaire .../...

Un pluralisme méthodologique

Sur le plan épistémologique, le laboratoire prône le pluralisme méthodologique. Dans le domaine des sciences de l’information et de la communication, les connaissances se construisent le plus souvent en articulant des méthodologies empirico-inductives et hypothético-déductives. De ce fait, la palette des méthodes utilisées par les chercheurs est très large, allant des enquêtes qualitatives et quantitatives aux analyses de corpus médiatiques, en passant par l’expérimentation de terrain ou de laboratoire. Certains des chercheurs développent des méthodes plus innovantes, telles que l’interprétation territoriale, l’analyse sémantique de site web participatif et réflexif, les dispositifs de communication « engageante », la webométrie ... Un lien formel est établi entre recherche action et théorisation critique relayée par une méthodologie qui mobilise des études de contexte sur la base d’une hybridation entre approche quantitative et qualitative ainsi que des méthodes projectives servies par des protocoles conduisant à l’élaboration de récits ou scénarios d’usages.

Un ancrage territorial marqué et une dynamique de publication nationale et internationale collective.

En phase avec une forte demande sociale, I3M est régulièrement sollicité par les acteurs politiques et culturels de son territoire : Conseil régional PACA, Conseils généraux des Alpes-Maritimes et du Var, Médiathèques du Var, CRDP (académie Nice et Toulon), Ville de Nice (Directions de la culture et de la communication), Festival d’Avignon, Parc National du Mercantour.

Les différents contrats de recherche aboutissent, dans la plupart des cas, à la publication d’ouvrages collectifs mais aussi à l’organisation de manifestations scientifiques qui sont l’occasion de confronter des résultats de recherche avec les différents acteurs concernés. Entre les périodes 2007/2008 et 2008/2009, le nombre de publications classantes a progressé de moitié, tandis que celles des articles dans les revues à comité de lecture a doublé.

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